Retour sur le terrain de recherche en Allemagne (janvier - mars 2026) par Fanny Janeau
Titre de la thèse : « L’Allemagne de Weimar : un laboratoire européen de la police féminine ? Expériences genrées et transferts européens (1918 - 1933) », sous la direction d’Anne-Laure Briatte (Sorbonne Université / Sirice) et de Corine Defrance (Panthéon Sorbonne / Sirice).
Doctorante en première année de l'Initiative Europe de Sorbonne Université, je suis partie en Allemagne à l'hiver 2026, pour mon premier terrain en archives financé par l'Initiative Europe et le Ciera (Centre interdisciplinaire d’études et de recherches sur l’Allemagne). Je travaille sur la féminisation de la police dans l'Europe de l'entre-deux-guerres, à partir de l'Allemagne comme point de départ. Il me fallait donc assez tôt, dans mon cursus doctoral, consulter les archives allemandes, centrales dans ma thèse. Deux grandes périodes constituent ce terrain de dix semaines : tout d'abord quatre semaines d'itinérance d'est en ouest du pays, puis six semaines d'arrêt à Berlin.
L'Allemagne est un pays dont l'administration est peu centralisée et les centres d'archives ne font pas exception à cette règle. Durant le premier mois de mon terrain, j'ai traversé le pays en passant par Münster, Duisbourg, Cologne et Cassel. Cette traversée m'a permis de voir une grande diversité de paysages, de la ville médiévale de Münster à la forêt romanesque de Cassel, mais également une grande diversité d'archives. J'ai pu exploiter des sources allant de la littérature policière et à des sources administratives, en passant par des correspondances entre féministes et des revues militantes. Ces archives m'ont permis de mieux saisir mon sujet. Par exemple à Münster, aux archives de la Haute École Allemande de Police (Deutsche Hochschule der Polizei), j'ai pu consulter une large collection de revues professionnelles policières faisant état des avancées de la police féminine en Allemagne mais aussi dans le monde. Ces journaux montraient que dans les années 1920, la police allemande s'intéressait aux pratiques de la police féminine dans d’autres pays européens, comme la Grande-Bretagne. De plus, j'étais directement immergée dans le monde contemporain de la police puisque je partageais mes repas à la cantine de l'école avec apprenti.es officie.res. Au-delà des archives, échanger avec des étudiantes policières m'a permis d'enrichir mes questions de recherches.
La deuxième partie de mon séjour de recherche s'est déroulée à Berlin où j'ai pu passer six semaines. Dans la capitale, quatre centres d'archives m'intéressaient. Encore une fois, j'ai pu voir une grande diversité de sources. Une archive m'a particulièrement touchée pendant ce séjour. Aux archives féminines de Berlin (FBBIZ), j'ai pu dépouiller les cartons d'un legs d'une policière des années 1920-1930. A la fin de sa vie, cette femme avait laissé ses objets personnels concernant sa carrière dans la police. J'ai pu lire les carnets où elle prenait ses notes pendant sa formation et les coupures de presse sur la police féminine, qu'elle avait soigneusement découpées et rangées. J'ai retrouvé des traces de cette policière quelques semaines plus tard, en me rendant dans un autre centre d’archives (Archiv für Diakonie und Entwicklung) dans des correspondances entre des associations d’assistance sociale et la police. Ce séjour à Berlin fut extrêmement utile puisque je suis tombée sur un document totalement inattendu et qui s'avère prometteur. Aux archives secrètes étatiques du patrimoine culturel prussien (Geheime Staatsarchiv Preußischer Kulturbesitz), j'ai pu feuilleter un lourd dossier de recrutement de toutes les policières allemandes du Reich entre 1926 et 1931. Ce dossier contenait des contrats de travail, des attestations de diplôme, des curricula vitae mais surtout les noms et prénoms de ces femmes sur lesquelles je peux enfin mettre une identité.
De retour en France, il me reste maintenant quelques milliers de pages à déchiffrer après avoir scanné et inventorié les archives durant mon séjour.
Fanny Janeau, doctorante Initiative Europe / Sorbonne Université
Source image : Couverture du dossier « Schriftverkehr mit der Britischen Besatzung (zumeist Bekämpfung der Geschlechtskrankheiten) (1918 - 1924) » (Dossier BR 0051 Nr. 307, Landesarchiv Nordrhein Westfalen, Duisburg)