• Europe et Renaissance

Retour sur le stage autour des trésors des chansons de langue française du XVIe siècle

L’Initiative Europe, portée par l’Alliance Sorbonne Université, offre un cadre particulièrement dynamique, riche en projets innovants et en opportunités, tant pour les chercheurs que pour les étudiants. C’est dans ce contexte stimulant que j’ai effectué mon stage au sein du pôle Renaissance, sous la direction de Tatiana Debbagi Baranova, maîtresse de conférences en histoire moderne, entre juillet et décembre 2025. Avec Alice Tacaille, maîtresse de conférences en musicologie, elles pilotent un projet ambitieux : la constitution d’une base de données consacrée aux chansons populaires de langue française du XVIᵉ siècle. 

Ce corpus est entièrement constitué de chansons dites « sur l’air de », relevant d’une tradition orale, qui consistent à adapter de nouveaux textes sur des mélodies déjà connues, aujourd’hui souvent difficiles à identifier. Longtemps négligées, ces formes témoignent pourtant d’une culture musicale largement partagée et d’une circulation particulièrement vivante des airs et des textes. Encore peu étudié et souvent difficile d’accès, cet ensemble fait ici l’objet d’un travail de valorisation inédit, visant à le rendre plus accessible et exploitable grâce à une approche croisant histoire, musicologie et humanités numériques.

En tant que stagiaire, j’ai participé pleinement à la vie du projet en assistant aux réunions de l’équipe et en découvrant la richesse de ses différentes dimensions. Mes échanges avec Tatiana Debbagi Baranova m’ont permis d’appréhender la portée historique de ces chansons, notamment à travers l’étude des chants protestants et catholiques et de leurs réécritures à des fins politiques. Alice Tacaille m’a, quant à elle, initiée aux méthodes de la musicologie, qui permettent notamment de reconstituer certains airs disparus. Enfin, Doriane Hare, ingénieure d’étude en humanités numériques, m’a formée aux outils et aux enjeux liés à la conception de la base de données. J’ai même assisté à l’enregistrement des chansons sur le campus de Clignancourt, car les chercheuses ambitionnent de joindre des fichiers sons à leur base de données.

Mes missions ont consisté principalement à intégrer et organiser les données issues de recueils de chansons : saisie et modernisation des incipits, transcription des premiers vers, identification des thématiques, vérification des données bibliographiques des recueils. Je devais également identifier les thématiques abordées, afin de faciliter l’indexation et la recherche au sein de la base. Mon travail a porté en grande partie sur les chansons d’amour — complaintes de malmariées, sérénades, aubades ou encore chants de désespoir — révélant toute la diversité et la richesse de ce répertoire. Ce stage m’a également donné l’opportunité de consulter différents fonds d’archives, notamment à la Bibliothèque nationale de France, où j’ai pu découvrir la réserve des livres rares et le site de l’Arsenal.

En tant qu’étudiante en master recherche d’histoire, cette immersion constitue une expérience précieuse. Elle me permet de mieux comprendre les exigences du travail scientifique, mais aussi d’en percevoir toute la dimension collective. Loin d’être une activité solitaire, la recherche apparaît ici comme un espace de collaboration interdisciplinaire, où se croisent compétences et regards pour construire un savoir commun.
    
Autrice : Lucie Olczykowski (étudiante en Master II, Sorbonne Université).

 

Source image : L'Enfant prodigue chez les courtisanes, Flandres, Ecole de (École flamande), Vers 1530, Musée Carnavalet, Histoire de Paris