80 ans de planification, du Plan Monnet à nos jours (1946-2026)
Le commissariat au Plan fut créé le 3 janvier 1946 par Charles de Gaulle juste avant son retrait du pouvoir le 20 Janvier. Il y nomma à sa tête Jean Monnet, qui impulsa une méthode nouvelle de mobilisation collective des énergies au service de la modernisation du pays, gage de souveraineté et de prospérité. Le contexte a bien changé entre 1946 et 2026, mais l’exigence de définir des priorités sur le long terme dans l’affectation de ressources -naturelles, humaines, financières- qui ne sont pas inépuisables persiste. Aujourd'hui, l'enjeu est celui de la planification écologique, industrielle et militaire.
Pour dresser des pistes de réflexion, l'Initiative Europe a organisé cette journée d'étude avec l’Institut Jean Monnet, Antoine Jourdan (EHESS), Eric Monnet (EHESS-PSE) et Laurent Warlouzet (professeur d'histoire à SU, directeur-adjoint de l'Initiative Europe).
Une première table-ronde a évoqué l'histoire de la planification et notamment ses débuts, afin de la caractériser. Laurent Warlouzet est revenu sur l'originalité du Commissariat général au Plan, créé par le Général de Gaulle le 3 janvier 1946 peu de temps avant son départ du pouvoir. Il y nomma Jean Monnet. Souvent en désaccord, de Gaulle et Monnet se retrouvèrent ici autour de l'impératif de moderniser la France pour lui rendre son influence dans le monde. Monnet inventa une méthode de coordination transversale qui reste d'actualité. Antoine Jourdan a évoqué ensuite la planification des annes 1950 et 1960 marqué par la clargé des objectifs partagés, une représentation collective des intérêts et la puissance de l'administration, dont le niveau d'expertise était égal à celui des industriels. Clara Léonard a souligné ensuite l'importance des circuits de financement du Trésor, qui ont assuré des ressources abondantes pour financer les investissements massifs de ces trois décades d'après-guerre. La préoccupation de l'inflation restait présente, à travers une limitation des avances de la Banque de France et des ponctions de liquidités. Enfin, Alice de Lyrot a brossé le portrait d'une institutions soumis plus récemment à de nombreuses vicissitudes. Dominique de villepin supprima finalement le Plan en 2006. Il renaît récemment et s'affirme avec l'actuel Haut-Commissariat à la Stratégie et au Plan.
La seconde table-ronde s'intéresse aux défis contemporains. Revenant sur une citation de Keynes pendant la Deuxième guerre mondiale, le philosophe Pierre Charbonnier a insisté sur le volontarisme qui définit l'exigence planificatrice. Il a aussi insisté sur l'urgence de la planification écologique, titre d'un livre récent de Mathidle Viennot qui a, elle aussi, dressé un plaidoyer pour repenser les rapports entre l'économie, la société et la Nature autour d'une approche plus intégrée, et plus durable. La spécialiste des politiques industrielles Sarah Guillou a analysé les différentes tentatives de réindustrialisation récente de la France, notamment le Plan France 2030, non sans souligner le paradoxe existant entre une France désindustrialisée mais qui ne cesse de parler de politique industrielle. Enfin, Eric Monnet a insisté sur le contraste entre les instruments planificateurs anciens et les pratiques actuelles, surtout fiscales, réglementaires, et d'investissement à court-moyen terme.
Les débats ont permis de revenir sur la contribution respective du général de Gaulle et de Jean Monnet, sur le déclin de la planification à partir des années 1970, et sur les défis actuels, en particulier européens, étatsuniens et chinois.
La journée d'étude a été conclue par une intervention de Clément Beaune, actuel Haut-Commissaire à la Stratégie et au Plan qui a insisté sur l'importance de son travail prospectif, unique au sein de l'Etat, et sur sa diversité thématique, qui va de la démographie à la réindustrialisation. Lors des débats, il est revenu sur la dimension européenne qu'il donne à ses travaux à la fois par réalisme, afin d'inscrire ses préconisations dans le cadre de gouvernance actuel, et par soucis de comparaison, afin de ne pas considérer la France comme une exception.
Le colloque a réuni environ 75 participants dans l'amphithéâtre Guizot, dont Berni Hasenknopf, vice-président de Sorbonne Université à l'Europe, et Sabine Bottin-Rousseau, vice-présidente déléguée en charge de l'Alliance européenne 4EU+, pour leur présence
Journée d'étude du mardi 2 juin 2026, Sorbonne, amphithéâtre Guizot.
Par l'Initiative Europe, pôle Europe contemporaine, en association avec l'Institut Jean Monnet, le Haut-Commissariat à la Stratégie et au Plan, et l'EHESS.
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