Portrait - Manuel Roncero Iraizoz
« Penser la résistance dans les îles Britanniques sous la Restauration (1660-1688) »
Je suis Manuel Roncero Iraizoz, doctorant contractuel de l’Initiative Europe depuis la rentrée 2026. Après avoir obtenu un diplôme de Professeur pour l’enseignement secondaire et universitaire en Histoire (équivalent à un niveau bac+5 français) à l’Université de Buenos Aires, je suis venu en France pour réaliser un Master 2 en Histoire de la pensée politique à l’École normale supérieure de Lyon. Ce master a été l’occasion de réaliser un mémoire de recherche sur les rapports entre John Locke et les whigs radicaux par le biais d’une étude à la fois historique et philosophique de la théorie du droit de résistance exposée dans le Second Treatise of Government. Cette réflexion sur les formes et les implications de la défense du droit de résistance chez Locke est à l’origine de mon projet de recherche doctorale, dirigé par Jean-Francois Dunyach (Maître de Conférences, Centre Roland Mousnier – Sorbonne Université) et Philippe Audegean (Professeur des universités, SDN – Sorbonne Université).
Ma thèse porte sur les discours sur la résistance en Angleterre et en Écosse sous la Restauration (1660-1688). Si la réflexion sur la légitimité de la résistance traverse l’ensemble du XVIIe siècle britannique, son traitement historiographique demeure déséquilibré. Les recherches se sont davantage concentrées sur les deux périodes où la résistance de fait fut manifeste ou, en tout cas, réussie : les années 1641-1660, culminant avec l’exécution de Charles I en 1649, et la séquence ouverte par la Glorieuse Révolution de 1688. Hormis les travaux sur John Locke et, dans une moindre mesure, sur Algernon Sidney, la Restauration, souvent conçue comme un simple intervalle entre deux révolutions, a été largement négligée à cet égard. Or, entre 1660 et 1688, les réflexions autour de la question de la résistance, entendue comme réponse à une extension jugée illégitime des prérogatives politiques, confessionnelles et fiscales du pouvoir monarchique, sont omniprésentes.
Je me propose ainsi d’entamer une analyse de l’ensemble des discours, tant revendicatifs que condamnatoires, sur la légitimité de la résistance, qui dépasserait les approches centrées sur des figures individuelles -Locke, Sidney- ou des évènements isolés, tels que la crise de l’Exclusion (1678-1681). Une grande partie des discours produits durant cette période se construisent en référence critique aux décennies précédentes, marquées par la guerre civile et l’abolition de la monarchie. Je me demande donc dans quelle mesure la Restauration constitue un moment spécifique de redéfinition des modes de conceptualisation de la résistance dans les îles Britanniques.
La question de la résistance à l’époque de la Restauration a été jusqu’à présent principalement associée à des ouvrages appartenant à ce qu’on pourrait considérer comme un corpus philosophique. Afin de ressaisir les rapports entre les enjeux politiques et religieux du temps et la pensée politique qui s’y déploie, je me propose d’appuyer ma recherche sur un corpus diversifié, intégrant des traités philosophiques, des écrits historiques, des pamphlets, des déclarations, des documents de presse, des correspondances et des journaux personnels. À la croisée de l’histoire de la pensée politique, de la philosophie politique et de l’histoire sociale, cette recherche entend restituer la singularité et la complexité de la pensée de la résistance sous la Restauration en articulant l’analyse des arguments et l’étude des controverses, ainsi qu’en menant une enquête sur les profils sociaux, les trajectoires, les stratégies, les réseaux et le devenir politique des acteurs ayant élaboré un discours, plus ou moins systématique, sur la légitimité du jus resistendi.
L’Initiative Europe m’a accordé un contrat doctoral pour la période 2026-2029, qui me permettra de mener ma recherche à temps plein dans des conditions confortables. Par ailleurs, l’Initiative Europe, regroupant des disciplines différentes – histoire, philosophie, lettres, civilisations –, s’avère être un cadre scientifique stimulant et pourra me permettre d’échanger régulièrement avec des chercheurs et chercheuses qui abordent les sciences humaines à partir d’angles d’analyse tant différents que complémentaires. Le séminaire « Locke. Vices et vertus de l’esprit », organisé par Emma Bartel, Claire Etchegaray, Philippe Hamou, Laurent Jaffro et Sandrine Parageau, qui sera prolongé pour la période 2026-2027, ainsi que le « Séminaire du Pôle Europe des Lumières – 2026-2027 », organisé par Celine Spector et Christophe Martin, constituent des points d’appui et d’échange essentiels pour mon travail. De plus, l’Initiative Europe se présente comme un environnement propice pour mon intégration dans les réseaux de recherche européens. Ainsi, pour l’année 2027 j’envisage de réaliser des séjours de recherche au Royaume-Uni afin de consulter des archives fondamentales pour mon travail doctoral.
Dans le long terme, je souhaite poursuivre mes recherches sur l’histoire de la pensée politique britannique au XVIIe siècle, en étendant éventuellement mes horizons de travail à des régions de l’Europe continentale.
Manuel Roncero Iraizoz, doctorant
« Penser la résistance dans les îles Britanniques sous la Restauration (1660-1688) »
Encadré par Jean-François Dunyach (Sorbonne Université) et Philippe Audegean (Sorbonne Université)
Unité de recherche : École doctorale d’Histoire moderne et contemporaine (ED 188), Centre Roland Mousnier (UMR 8596)
Disciplines : Histoire moderne, Histoire de la pensée politique
Pôle Europe des Lumières