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Retour sur la 39e conférence annuelle de la Society for the Study of French History

Du 30 juin au 2 juillet 2026, la SSFH (Society for the Study of French History) organisait sa 39e conférence annuelle à Groningen. Réunissant près de quatre-vingts chercheurs internationaux, les échanges étaient répartis en une vingtaine de panels thématiques et chronologiques. À cette occasion, François Foulonneau (Sorbonne Université, Centre Roland Mousnier) et Lucas Lehéricy (Sorbonne Université, Initiative Europe/Centre Roland Mousnier) ont pu présenter leurs recherches consacrées aux justices médiévale et moderne, grâce au soutien de l’Initiative Europe. Cette rencontre a permis de renforcer les coopérations scientifiques internationales, nouées à l’occasion d’un colloque organisé en Sorbonne en octobre 2022 sur le thème des justices civiles en temps de guerre.

Intitulée « Peace and Justice in French History », la rencontre entendait analyser comment les individus font face à la violence, œuvrent à la réconciliation et militent pour la justice sociale. Dans la continuité des recherches contemporaines interrogeant le concept de justice transitionnelle, les communications se sont principalement intéressées aux mécanismes mis en œuvre pour réparer les violences et prévenir la reprise des conflits. 

Au lendemain des guerres, la justice apparaît en effet comme un instrument efficace de purification des sociétés éprouvées par la guerre, en sanctionnant les coupables, en apaisant les tensions et en recréant le lien social indispensable à la sortie de guerre. La procédure judiciaire joue à cet égard un double rôle cathartique : en donnant la parole aux victimes, elle assure la reconnaissance et la prise en compte, au nom de toute la communauté, des violences subies par ces dernières ; par la peine prononcée contre les coupables, elle assure en retour une réparation des torts causés par ces derniers et autorise le retour à l’ordre social et civique.

En sortie de guerre, l’enjeu pour les autorités judiciaires est donc de trouver le bon équilibre entre la punition des coupables de violences et la nécessaire réconciliation des anciens ennemis afin d’éviter une vengeance désordonnée qui viendrait miner la pacification espérée.

Dans ce cadre, la communication de F. Foulonneau entendait analyser comment, à la fin du Moyen Âge, la justice municipale accompagne la transition d’une société en guerre à une société en paix en luttant contre les vols des hommes de guerre démobilisés.

Après la mort du duc de Bourgogne Charles le Téméraire, le 5 janvier 1477, le roi de France Louis XI s’empare d’une partie des possessions du défunt, notamment les duchés et comtés de Bourgogne. Cependant, le pouvoir royal qui s’installe dans ces territoires fait face à une insurrection locale des partisans de Marie de Bourgogne, fille et héritière du duc. Les armées et le gouverneur du roi de France parviennent à vaincre leurs ennemis en 1479. Le retour à la paix est lent et certains hommes de guerre démobilisés deviennent des pillards. En 1481, deux frères voleurs sont arrêtés par la justice municipale dijonnaise. L’enquête du procureur, qui agrège les dépositions des inculpés et des témoins, est un document précieux pour mener une étude microhistorique. La trajectoire biographique des deux inculpés et leur transition du monde de la guerre à celui du vol peuvent être analysées socialement et spatialement de manière très détaillée. La société qui revient à la paix est, pour ces individus habitués à la force, un espace d’opportunité, de ressources à accaparer. Toutefois la société n’est pas sans défense. Les autorités locales luttent contre les pillards et cherchent à rétablir la paix et la stabilité. Enfin, cette étude microhistorique est aussi une analyse documentaire qui vise à comprendre les stratégies disculpatoires des accusés. 

L. Lehericy s’est, quant à lui, intéressé à la pacification de l’administration au lendemain des guerres de Religion de la fin du XVIe siècle. À partir du cas français, sa communication interrogeait la politique irénique déployée par Henri IV contre ses anciens adversaires. Entre 1594 et 1598, le souverain est en effet régulièrement sollicité par d’anciens ligueurs qui lui demandent à être maintenus dans les charges publiques qu’ils avaient exercées durant les troubles au détriment des individus nommés par Henri IV lui-même. Par l’intermédiaire de son Conseil, le monarque met en œuvre une politique modératrice qui entend satisfaire les deux parties, en récompensant financièrement l’un ou l’autre des individus en échange de sa démission ou en leur ordonnant d’exercer simultanément la même charge jusqu’au décès de l’un d’entre eux. Cette politique, qui rompt avec la stratégie du spoil system ordinairement mise en œuvre par les souverains européens, est une réussite : au tournant du XVIIe siècle, la quasi-absence de tensions dans l’administration démontre l’efficacité de la politique royale qui apaise les rancœurs des royalistes qui auraient pu s’estimer lésés par la promotion d’anciens rebelles, tout en satisfaisant le désir de réintégration des anciens ligueurs.

Ces deux communications ont été l’occasion d’échanges fructueux avec d’autres chercheuses et chercheurs internationaux qui ont montré l’intérêt de telles études de cas pour comprendre les politiques de lustration mises en place par les sociétés prémodernes pour purifier la société, aussi bien des rivalités partisanes d’antan que des conséquences incidentes de la guerre, comme le brigandage.
En effet, si le concept de lustration est encore peu utilisé dans le champ des études médiévales ou modernes, il est un outil heuristique important dans les études contemporaines, car il permet de replacer les décisions de justice dans le cadre d’une réponse plus globale de la société aux enjeux de la sortie de guerre.

Nous remercions vivement les organisateurs – Francesco Buscemi, Sasha Goldstein, David van der Linden et Rachel White – pour la qualité de cette rencontre et la richesse des échanges fructueux et chaleureux qui s’en sont suivis. Nous tenons également à remercier l’Initiative Europe et le Pôle « Europe et Renaissance » pour leur accompagnement et leur soutien financier et logistique qui nous ont permis de renforcer les collaborations académiques et les échanges scientifiques à l’échelle européenne. 
 

Source image : Université de Groningen, Marcel Spanjer

Auteurs : François Foulonneau (Centre Roland Mousnier) et Lucas Lehericy (Centre Roland Mousnier)
Événement : 39th Annual Conference of the Society for the Study of French History
Lieu : Rijksuniversiteit Groningen, Groningue, Pays-Bas
Date : 30 juin au 2 juillet 2026
Soutien institutionnel : Initiative Europe, pôle « Europe et Renaissance »