Séminaire « Luttes, circulations et convergences : vers une histoire transnationale du genre en Europe au XXe siècle »
Présentation
Le séminaire « Luttes, circulations et convergences : vers une histoire transnationale du genre en Europe au XXe siècle » de l'Initiative Europe est organisé par un groupe de chercheur.euses de l’axe Genre et Europe de l’UMR SIRICE. Il s’intéresse aux travaux récents et en cours situés au croisement entre histoire des femmes, des féminismes et du genre, d’une part, et histoire transnationale et histoire européenne, d’autre part.
Chaque séance met en dialogue deux intervenant.e.s issu.e.s de disciplines diverses autour d’une thématique commune. Cela permet de croiser les perspectives et de dépasser le cadre strictement national, afin d'insérer l’histoire des luttes pour l’égalité de genre dans une histoire européenne du XXe siècle. Les recherches centrées sur les actrices et acteurs, leurs revendications, leurs engagements et leur agency, ont en effet mis en lumière l’importance des échanges à travers l’Europe, celle-ci étant envisagée comme un espace d’échanges, de circulations et de convergences d’idées, d’acteur.trices et de pratiques.
L’objectif du séminaire est double : proposer une histoire du genre qui aille au-delà des frontières nationales et les luttes locales, tout en développant une histoire de l’Europe qui intègre pleinement le genre comme catégorie d’analyse. Dans la continuité du renouvellement historiographique sur ces questions, le séminaire propose une approche européenne et transnationale des luttes pour l’égalité.
Les langues de travail sont le français et l'anglais. Le séminaire est ouvert aux étudiant.e.s de master et de doctorat, ainsi qu’aux chercheur.euses de toutes disciplines.
Programme
Informations pratiques
16h-18h
(sauf la première séance : 16h-18h30)
Campus Condorcet
Bâtiment Recherche Sud, salle 0.030
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La séance inaugurale du séminaire de l’Initiative Europe « Luttes, circulations et convergences : vers une histoire transnationale du genre en Europe au XXe siècle » s’est tenue au Campus Condorcet, à Aubervilliers, en présence d’un public composé d’étudiant·es, de doctorant·es et de chercheur·euses. Cette première rencontre avait pour objectif de présenter le cadre scientifique du séminaire et d’ouvrir la réflexion sur la manière dont l’histoire de la construction européenne peut être réexaminée en considérant l’agentivité des femmes participantes.
Ouverture de la séance et présentation du séminaire
Laurent Warlouzet (Sorbonne Université), co-directeur de l’Initiative Europe et discutant de la séance, a rappelé les ambitions de ce nouveau dispositif, qui vise à renouveler la recherche sur l’histoire européenne. Corine Defrance (CNRS), directrice adjointe de l’UMR SIRICE, a salué ce séminaire à la fois interdisciplinaire et intergénérationnel qui s’inscrit pleinement dans l’axe de recherche « Genre et Europe » de l’UMR. Les organisateur·ices du séminaire — Anne-Laure Briatte (Sorbonne Université), Marie Ferri (Paris 1), Peter Hallama (Paris 1) et Fanny Janeau (Sorbonne Université) — ont ensuite introduit la séance en présentant les principales historiographies croisées du genre et de l’Europe ainsi que les dynamiques de pouvoir et de circulation qui orienteront le séminaire.
Simona Guerra (University of Surrey), « In her own voice: the early women of European integration (1950s–1960s) »
La première communication, proposée par Simona Guerra, portait sur la présence et l’action des premières femmes siégeant au Parlement européen dans les années 1950 et 1960. À partir d’un corpus d’archives bruxelloises comprenant 31 dossiers individuels, ramenés à 12 en raison de contraintes documentaires, la chercheuse a montré la richesse mais aussi les limites des sources disponibles : erreurs de noms, désignations génériques (« Mademoiselle »), difficultés d’identification, autant d’obstacles qui entravent l’étude des députées européennes. Simona Guerra a centré son analyse sur les trajectoires sociopolitiques de ces pionnières, en soulignant notamment : leur forte insertion préalable dans des réseaux familiaux ou conjugaux masculins déjà engagés en politique, la surreprésentation des députées démocrates- chrétiennes ainsi que leur affectation majoritaire aux affaires sociales, malgré quelques exceptions. La présentation a été illustrée par plusieurs études de cas, dont Marga Klompé, première femme à siéger à l’Assemblée parlementaire européenne, et Käte Strobel, présidente du groupe socialiste à l’Assemblée parlementaire et viceprésidente de la commission de l’d’agriculture. Simona Guerra a proposé une lecture en « vagues » générationnelles, distinguant par exemple les députées des années 1950 et 1960, souvent investies dans des combats nationaux pour les droits des femmes. Elle a enfin souligné l’enjeu historiographique que constitue la mise au jour de ces « mères fondatrices » de l’intégration européenne, dont l’agency politique reste largement méconnue.
Elena Danescu (Université du Luxembourg), « Genre et diplomatie : trajectoires et réseaux au féminin au Luxembourg »
La seconde communication, présentée par Elena Danescu, a mis l’accent sur la contribution des femmes à la diplomatie et aux relations internationales du Luxembourg de l’après-guerre. En raison de son positionnement géopolitique, ce pays constitue un observatoire privilégié du multilatéralisme européen. Face au faible nombre de femmes identifiées dans les archives diplomatiques, versées seulement jusqu’en 1973 et presque exclusivement masculines, Elena Danescu a eu recours à l’histoire orale pour étudier les parcours de femmes. À partir d’un corpus de plus de 55 heures d’entretiens réalisés avec des diplomates, « femmes ambassadeurs », vice-présidentes ou premières ministres ayant exercé des responsabilités pionnières, la chercheuse a présenté ses principaux résultats. L’étude de ses archives met en lumière la marginalité persistante des femmes au sein des structures européennes, y compris lorsque certains partis les percevaient comme des « atouts », l’attribution systématique de dossiers moins stratégiques aux diplomates femmes, la nécessité d’un parcours d’excellence préalable pour accéder à la diplomatie révélant une méritocratie genrée et inégalitaire, ainsi que le rôle déterminant des partis politiques dans l’orientation des carrières vers les institutions européennes, longtemps considérées comme moins prestigieuses que les institutions nationales. La chercheuse a également mis en évidence l’existence de formes de mentoring entre anciennes et nouvelles diplomates, contribuant à la progression des études sur les réseaux féminins transnationaux.
Conclusion
Cette séance inaugurale a permis une réflexion collective visant à reconfigurer l’histoire de la construction européenne en considérant le genre comme outil d’analyse. Les deux communications ont souligné l’importance des actrices longtemps invisibilisées par les archives et les publications ainsi que l’intérêt d’une démarche transnationale pour mieux saisir les modalités d’entrée, d’action et de reconnaissance des femmes dans les espaces politiques et diplomatiques européens. Les
travaux présentés et les échanges partagés lors de cette première séance ouvrent ainsi des pistes prometteuses pour celles à venir.
Compte rendu de la séance du 16 octobre 2025 rédigé par Marie Ferri (Paris 1 Panthéon-Sorbonne)
Contact
Anne-Laure Briatte
Sorbonne Université / SIRICE
Marie Ferri
Paris 1 Panthéon-Sorbonne / SIRICE
Peter Hallama
Paris 1 Panthéon-Sorbonne / SIRICE
Fanny Janeau
Sorbonne Université / SIRICE
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