« Campagnes de persuasion dans l’Europe de la Renaissance : textes et images »
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Du 11 Mar. 2027 au 13 Mar. 2027
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Europe et renaissance
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Sorbonne Université, Salle des Actes
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Marie-Céline Daniel, Tatiana Debbagi-Baranova et Anne-Pascale Pouey-Mounou
Présentation
On le sait, la critique philologique, l’humanisme et la remise en cause des autorités sont des traits définitoires de la Renaissance qui ont profondément marqué l’histoire des opinions et l’histoire du livre tant manuscrit qu’imprimé. Par la suite (cf. R. Chartier et H.-J. Martin), l’histoire de l’imprimé est intimement liée à l’histoire des opinions religieuses et politiques en circulation pendant la période troublée qu’est le XVIe siècle. Du XVe siècle au début du XVIIe siècle, la large diffusion de textes et autres productions portant sur les sujets d’actualité a joué un rôle essentiel dans l’essor d’une littérature de persuasion, cherchant à orienter les jugements et à rallier les lecteurs à une cause. L’enthousiasme initial suscité par l’imprimerie chez les hommes de lettres laisse rapidement place à une inquiétude croissante face à la diffusion possible de messages erronés, séditieux ou diffamatoires, révélant une conscience aiguë du pouvoir de ces nouveaux médias sur les esprits.
Les conséquences de cette circulation des textes et autres supports d’opinion (chansons, caricatures et autres réalisations graphiques) sont importantes en termes de représentations et de pratiques : elles engagent, avec la question des modes de diffusion de ces productions, de leurs réseaux et de leur influence, celle des usages de l’écrit et de l’objet-livre, des écritures manuscrites, des formes orales (théâtre, chansons) et iconographiques, mais aussi de l’usage de la langue vernaculaire, ainsi que du statut de l’auteur même et des postures auctoriales qui se précisent à cette époque.
Ample et européen, puisqu’il concerne une quantité importante de textes qui ont, à cette époque, véhiculé des idées plus ou moins autorisées sous le couvert des fausses adresses, de l’anonymat, d’ateliers clandestins et d’affichages sauvages, ou encore de la diffusion orale, ce phénomène massif tire aussi aujourd’hui pour nous son intérêt de la fragilité des productions éphémères auxquelles il a donné lieu, les pamphlets, placards, plaquettes et canards étant devenus des pièces rares. Mais on sait aussi, en retour, que ceux-ci informent la littérature et les arts et constituent l’univers commun de nos auteurs plus institués. Ces objets voyageurs, souvent ornés de bois gravés eux-mêmes en circulation, ces textes manuscrits, ces paroles de feuilles volantes, se situent ainsi au point où l’évolution des techniques rencontre l’histoire politique et l’histoire des textes et des arts.
Si ces mécanismes sont connus, étudiés qu’ils ont été notamment par les historiens du livre, il s’agit de porter sur celui-ci une attention renouvelée, à la fois plus large, résolument européenne et pleinement pluridisciplinaire. Loin de projeter rétrospectivement la notion de « propagande », anachronique pour les acteurs de l’époque, ce projet entend s’intéresser aux pratiques contemporaines de la persuasion. Ce terme ancien, issu de la rhétorique antique remise à l’honneur à la Renaissance, désigne alors également des actions individuelles et collectives visant à influencer, à convaincre ou à rallier un public.
Trois raisons principales justifient cette attention. La première est la dimension transfrontalière et translinguistique de la circulation des textes et autres formes d’expression et des idées, qui s’effectue à différentes échelles, en particulier en des points névralgiques de l’espace européen (villes, cours, foires, etc.), et s’incarne dans des réseaux particuliers, alors en pleine mutation (ateliers d’imprimeurs, colportage, scène, solidarités confessionnelles, etc.). L’ampleur du phénomène autant que ses ancrages locaux impliquent une double approche, afin d’en préciser les conditions d’émergence concrètes en des lieux représentatifs.
Le second intérêt de ce projet est la possibilité qu’il offre de croiser les regards disciplinaires en les concentrant sur ces objets qui intéressent à la fois l’histoire des techniques et des arts, celle des hommes et des textes, et le travail du style, des langues et du sens. La convergence des approches est une chance pour les faire parler pour ainsi dire d’« en bas », et collectivement, de leurs contextes et sous-textes, mais aussi de les envisager, pour une fois, pleinement en tant qu’oeuvres eux-mêmes, participants d’une histoire littéraire et artistique qui les a largement méconnus.
À ces enjeux s’en ajoute un troisième, qui touche au statut des auteurs en cette période, de la fameuse émergence d’une « conscience d’auteur » ou d’une « individualité littéraire » qu’on a voulu y voir, en lien notamment avec les débuts de l’imprimerie et les négociations des auteurs avec leurs imprimeurs, ainsi qu’à celle du statut de la « littérature de circonstance » en cette période où coexistent la littérature de cour et les pratiques commerciales orientées vers un plus large public. Se pose, en outre, la question des commanditaires et des usages que les princes ont pu faire de ces textes, ainsi que des chansons et productions iconographiques qui circulent autour d’eux. On a beau dire, à l’encontre des stéréotypes contemporains, que ceux-ci procèdent d’une méconnaissance des pratiques de cette période, ces questions se posent parfois aux écrivains de ce temps eux-mêmes. Tous nos auteurs « à gages » ont pu être suspectés, à un moment ou à un autre, de vendre leur plume; certains ont posé directement ce problème, ou ont été amenés à y répondre, directement ou symboliquement ; certains ont été réédités, traduits et récupérés dans différents contextes ; d’autres ont soulevé la question d’une écriture « neutre » ou « franche » de l’histoire, voire ont tenté de la théoriser ; d’autres enfin ont mis en avant leurs stature d’auteurs reconnus pour peser dans un débat d’idées que l’histoire littéraire a maintenant consacré – et dont on oublie parfois qu’il fut avant tout une guerre de libelles.
Appel à communication
L'appel à communication est ouvert jusqu'au 1er septembre 2026. Voir document à télécharger.