• Europe et renaissance

« Renaissance et bande dessinée »

  • Du 03 Jun. 2027 au 04 Jun. 2027

  • Europe et renaissance
  • Sorbonne Université, Maison de la Recherche, Amphi Molinié

  • Anne-Pascale Pouey-Mounou (Sorbonne Université), Thibaut Maus de Rolley (UCL, Londres), Sandra Provini (Université de Rouen Normandie).

Présentation

Parmi les chronotopes qui inspirent les auteurs et autrices de bandes dessinées, la Renaissance est loin d’être massivement représentée ; dans un univers de connaissances où elle a peu de place – du fait, notamment, de la faible part qui lui est concédée dans les programmes d’enseignement – et dans un univers de représentations intermédial où se sont imposés le médiévalisme et un modernalisme souvent tourné vers des périodes plus récentes, elle n’apparaît pas comme l’univers le plus familier d’une bonne part des créateurs comme de leur public. Toutefois, régulièrement, paraissent des ouvrages qui démentent cette impression. Ils révèlent le potentiel de séduction d’une « Renaissance imaginaire » qui ne laisse pas de stimuler la création, que ce soit sous la forme de best-sellers consacrés au niveau mondial (comme La Tour de François Schuiten et Benoît Peeters, 1987), de séries au succès international (comme le manga Cesare de Fuyumi Soryo et Motoaki Hara, 2005-2021), de succès de librairie durables (comme Peau d’homme d’Hubert et Zanzim, 2020, ou Les Indes fourbes d’Ayroles et Guarnido, 2019), d’événements littéraires récents (comme Les Sentiers d’Anahuac de Dytar et Romain Bertrand, 2025) ou de productions moins ambitieuses qui exploitent un certain nombre de stéréotypes sanglants, aventureux, érotiques ou ésotériques associés à la Renaissance.

La Renaissance a en effet de quoi séduire les esprits, à plusieurs titres. Elle parle, d’abord, à l’imagination par la force d’événements historiques qui, aux yeux de tous, marquèrent la Première Modernité : les voyages vers le « Nouveau Monde », l’exotisme de leurs découvertes, les ambitions coloniales et la convoitise violente des conquistadors ; les intrigues italiennes, dans la Rome papale ou la Florence de Savonarole et des Médicis, sur lesquelles plane l’ombre de Machiavel ; la Réforme et les guerres de Religion avec leurs massacres et tout un univers superstitieux associé aux figures de Catherine de Médicis et de Nostradamus ; les chasses aux sorcières, d’ailleurs plus souvent associées (à tort) au Moyen Âge ; les Tudor et Shakespeare, dans le monde anglophone. Elle séduit en outre visuellement, sur le plan artistique, par la dimension muséale, voire touristique, de ses œuvres graphiques, picturales et architecturales dont, du fait de ses modalités propres – par la page, le strip, la case, etc. –, la bande dessinée est à même de diffracter les effets dans un cadre de « mise en images » démultiplié. Dans la culture intermédiale dont la bande dessinée est partie prenante, la Renaissance est par ailleurs reconnue par les auteurs de fantasy et par certains créateurs de jeux de société, de jeux vidéo ou de séries télévisées pour son potentiel narratif, comme l’époque des intrigues urbaines ou curiales, des condottieri et des assassinats politiques (qu’on pense à la figure de l’assassin dans Assassin’s Creed, ou dans le roman Gagner la guerre de Jean-Philippe Jaworski) ; véritable concentré d’intrigues, elle incarne une complexité stratégique que redouble parfois, à plus large échelle, sa complexité géopolitique. Dans la mesure aussi où la bande dessinée entretient avec la littérature des liens étroits, et a fortiori avec la littérature illustrée, il lui arrive également de reprendre à son compte l’imaginaire de la violence, de l’excès, de la truculence qui avait conduit le romantisme à valoriser cette période, autour, notamment, de la figure de Rabelais. Enfin, c’est aussi matériellement, en tant qu’ère de renouvellement technique et artistique en matière de supports iconotextuels, que la Renaissance fournit aux créateurs des sources d’inspiration variées – manuscrits et imprimés, gravures, cartes – dans lesquelles ils peuvent se reconnaître. Cette combinaison d’une histoire riche en possibilités d’investissement émotionnel, de supports de recomposition créative, d’occasions de complexité narrative et de moyens de réinvention technique constitue un ensemble de facteurs propices à des entreprises de création originales. Celles-ci, parce qu’elles sortent des sentiers battus et ont su lire dans la Renaissance des possibilités de recréation inédite, offrent sur cette époque un nouveau regard.  

Le présent colloque entend interroger à travers ces réalisations – tant francophones que relevant d’autres traditions – cette force d’inspiration, de séduction et de réinterprétation de la période allant du Quattrocento au début du XVIIe siècle. Qu’est-ce qui, dans la Renaissance, sert de matrice à la création ? Quelles sont les composantes de cette période qui parlent aux représentations ? Et que nous apprennent de celle-ci les bandes dessinées qui s’en inspirent aujourd’hui ? 

Appel à communication

L'appel à communication est à consulter sur fabula : https://www.fabula.org/actualites/135168/renaissance-et-bande-dessinee-sorbonne-universite.html 

Les propositions sont à envoyer avant le 30 septembre 2026.