Rousseau, Philosophie et Médecine.
Circulation et usages des savoirs médicaux au XVIIIe siècle.
-
Du 02 avr. 2026 au 03 avr. 2026
-
09:00 - 17:00
-
Europe des Lumières
-
Jeudi 2 Avril
Sorbonne, Salle des Actes
54, rue St-JacquesVendredi 3 Avril
Bibliothèque de l'Académie Nationale de Médecine
16, rue Bonaparte
-
Théo Courdavault et Anne Morvan
Présentation
Il n’est plus aujourd’hui possible de souscrire à l’image d’un Rousseau condamnant, en principe et sans nuance, les sciences de son temps, tout en en ignorant les contenus particuliers. Le colloque de 2001, Rousseau et les sciences, et la publication qui s’en est suivie en 2003 sous la direction de B. Bensaude-Vincent et B. Bernardi, ont marqué un tournant décisif dans la dissolution de ce mythe. S’appuyant sur une analyse contextuelle des pratiques et des discours scientifiques de Rousseau, les auteurs de ce collectif invitent à réinscrire son oeuvre dans les débats scientifiques de son époque, tout en soulignant la fécondité philosophique de ces réflexions savantes. Les intérêts de Rousseau, pour la botanique, la musique, la chimie, l’optique, l’histoire naturelle, les récits de voyage ou encore les mathématiques, jettent alors sur sa pensée des lumières nouvelles.
Dans la continuité de ces travaux, le commentaire rousseauiste s’est, ces dernières années, penché sur le rapport de Rousseau à la médecine. Différentes études ont montré que cette relation ne se résume ni à une hostilité d’origine biographique, ni à une série d’emprunts circonstanciels (à l’hygiène, à la physiologie, à l’histoire naturelle ou à la médecine infantile). Rousseau n’est ni un adversaire ignorant de la médecine, ni un porte-parole que l’on pourrait ranger, sans examen critique, dans une école spécifique. Les thèmes philosophiques qu’il explore entrent en résonance avec les bouleversements du champ médical de son temps ; il s’en inspire et les oriente. D’où cet étrange paradoxe : Rousseau, qui condamne les médecins, n’a ni pratiqué la médecine ni rédigé d’ouvrage spécialisé dans ce domaine, occupe pourtant une place importante dans l’historiographie médicale dès la fin du XVIIIe siècle. Si ce jugement relève en partie d’une lecture rétrospective, il révèle aussi une proximité théorique que l’on n’a pas fini d’explorer.
Comprendre ses positions implique de restituer la complexité et la richesse du champ médical au XVIIIe siècle, lequel ne se limite pas aux pratiques thérapeutiques mais englobe aussi, par exemple, des théories épistémologiques, des hypothèses sur la nature de la vie et des conceptions diverses des rapports entre l’âme et le corps. Ce n’est pas un hasard, si les médecins se font alors philosophes et moralistes. En conséquences, les concepts médicaux ne sauraient rester cloisonnés dans un domaine spécialisé ; ils appellent à être ressaisis et retravaillés par le discours philosophique. Or, Rousseau – sans doute plus encore que certains de ses adversaires matérialistes – n’ignore pas qu’une « théorie de l’homme » doit nécessairement prendre en compte le fonctionnement de son corps, dans la santé comme dans la maladie, de sa naissance jusqu’aux extrémités de la vieillesse. En témoigne, par exemple, son projet de « morale sensitive », ou encore sa ré-élaboration des concepts directeurs de l’hygiène.
Ce colloque se propose d’interroger les relations entre Rousseau et les médecins, tant sous l’angle de l’histoire des sciences que sous celui de l’invention conceptuelle.
Ce colloque est organisé avec le soutien de Sciences Normes Démocratie (UMR 8011 - SND) , l'INSPE, la bibliothèque de l'Académie national de médecine et l'Initiative Europe.