Séminaire « Europe numérique, souveraineté technologique et formes contemporaines du pouvoir »
Présentation
Ce séminaire propose d’interroger les transformations du pouvoir à l’âge du numérique et de l’intelligence artificielle. Les technologies numériques ne doivent pas être considérées comme des outils au service d’acteurs politiques, économiques ou sociaux déjà constitués. Elles constituent un « milieu » qui conditionne les gouvernement, les processus de décision, les espaces de médiation et les dispositifs de pouvoir.
Si le numérique met en crise les formes classiques du contrat social, l’Europe apparaît comme l’un des espaces où s’expérimente une tentative de réponse (par le droit, par la régulation, par l’affirmation de valeurs démocratiques, mais aussi par la recherche d’une souveraineté technologique encore incertaine). L’enjeu sera donc de comprendre comment l’Europe tente de réinstituer politiquement un espace numérique largement structuré par des puissances privées, transnationales et souvent extra-européennes. Le DSA, le DMA, l’AI Act, les politiques de cybersécurité, les débats sur le cloud, les données, les semi-conducteurs ou l’autonomie stratégique témoignent de l’ambition de faire du numérique un espace gouvernable, régulé et soumis à des principes publics de légitimité.
Mais cette ambition européenne ne peut être comprise qu’en la replaçant dans un champ plus large de rapports de force et de pratiques politiques. Les États-Unis, la Chine, les grandes entreprises technologiques (les « Big Tech »), les infrastructures transnationales, les logiques de marché, les dispositifs sécuritaires et les nouveaux pouvoirs techniques composent un espace mondial dans lequel la souveraineté ne se joue plus seulement à l’échelle des territoires, mais aussi dans les couches techniques du cyberespace (le « stack » technologique).
Le séminaire s’organise autour de trois grands axes (non exclusifs) :
- La souveraineté technologique. Celle-ci ne relève pas seulement de l’indépendance industrielle (comme elle est souvent présentée), elle engage surtout des questions fondamentales de droit, de politique, de philosophique… Que signifie être souverain dans un monde où les capacités d’action collective dépendent de plateformes, de modèles d’IA, de données, de puces, de câbles, de standards et d’infrastructures contrôlés par des acteurs privés, souvent extra-européens ?
- Les nouvelles formes de pouvoir numérique. Les technologies contemporaines ne se contentent pas d’automatiser certaines décisions. Elles produisent de nouvelles formes de gouvernement des conduites, et engagent une redéfinition des modalités de l’autorité, de la contrainte, et plus largement du pouvoir politique.
- Les réponses politiques, juridiques et institutionnelles à ces mutations. Comment réguler des pouvoirs qui ne se présentent pas toujours comme tels ? Comment rendre contestables, responsables et révisables des systèmes techniques qui organisent pourtant une partie croissante du monde social ? Comment articuler innovation, protection des droits, sécurité, autonomie stratégique et démocratie ? L’Europe sera ici étudiée comme un laboratoire possible de régulation et de réinstitution du pouvoir numérique, mais aussi comme un espace traversé par ses propres contradictions (dépendance industrielle, tensions géopolitiques, concurrence économique, désirs sécuritaires et pluralité des cultures politiques).
L’objectif du séminaire est double. D’une part, comprendre comment le numérique transforme les catégories classiques de la politique (souveraineté, autorité, légitimité, responsabilité, État, espace public, démocratie…). D’autre part, analyser la manière dont l’Europe peut, ou non, peser dans cette reconfiguration mondiale des pouvoirs techniques. Il s’inscrit dans les objectifs de l’Initiative Europe en abordant le numérique non comme un objet d’actualité, mais comme un révélateur des formes contemporaines de la puissance, de la normativité et de l’identité politique européennes.
Programme
Informations pratiques
Le séminaire est organisé en format hybride : Salle D117 Maison de la Recherche & en ligne